Ces derniers mois, beaucoup de personnes ont eu le sentiment que quelque chose changeait dans leur rapport au porno, non pas parce que le désir aurait disparu ou diminué, mais parce que les habitudes, elles, ont commencé à se transformer, parfois presque sans qu’on s’en rende compte. La presse s’en est fait l’écho, évoquant une forme de désorientation chez certains consommateurs, tandis que d’autres ont simplement adapté leur façon de faire, cherchant ailleurs, autrement, avec moins d’automatismes qu’auparavant.
Ce qui est intéressant dans cette période, ce n’est pas tant la question de l’accès que celle de l’usage, car le plaisir, lui, n’a jamais cessé d’exister. Il a simplement pris d’autres chemins.
D'UNE CONSOMMATION RAPIDE À DES CHOIX PLUS PERSONNELS
Pendant longtemps, le porno en ligne a été associé à une forme d’abondance presque infinie, où l’on passait facilement d’une vidéo à l’autre, parfois sans vraiment s’arrêter, sans toujours prêter attention à ce que l’on regardait, ni à qui se trouvait de l’autre côté de l’écran. Une consommation efficace, immédiate, parfois très satisfaisante, mais aussi parfois un peu mécanique.
Lorsque ce modèle évolue, beaucoup de personnes ne cessent pas de consommer du porno, mais elles le font différemment, en prenant davantage le temps de choisir, en revenant plus souvent vers des contenus qui leur parlent vraiment, qui correspondent à leurs envies, à leur sensibilité, ou simplement à leur humeur du moment.
LE RETOUR D'UN LIEN PLUS HUMAIN... AVEC QUELQUES LIMITES
Ce que l’on observe aussi, c’est un intérêt croissant pour des contenus plus incarnés, où l’on sent qu’il y a une personne réelle derrière les images, avec un univers, une sensibilité, une manière d’être, plutôt qu’un contenu totalement impersonnel et interchangeable. Ce n’est pas forcément une recherche d’intimité affective, ni le besoin de créer une relation, mais souvent quelque chose de plus simple, l’envie de ne pas consommer un produit entièrement déshumanisé.
Dans cette évolution, beaucoup se tournent vers des créateurs et créatrices indépendants, vers des plateformes plus directes, où l’on retrouve une continuité, une cohérence, parfois même un échange. Mais cette recherche de proximité comporte aussi ses limites. Derrière certains comptes, il peut arriver que la personne ne soit pas celle que l’on imagine, que les échanges soient délégués à un community manager, ou, dans les pires cas, que l’on tombe sur des profils peu scrupuleux, voire des brouteurs qui exploitent cette attente de lien humain.
Cela ne remet pas en cause l’intérêt de ces nouvelles formes de consommation, mais rappelle simplement l’importance de garder un regard lucide. Le contact humain peut exister, être sincère et respectueux, mais il mérite aussi d’être choisi avec attention, sans naïveté excessive, en restant conscient du cadre dans lequel il s’inscrit.
LE PLAISIR RESTE PRÉSENT, IL CHANGE DE RYTHME
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette évolution ne signifie pas moins de plaisir, mais souvent un plaisir vécu autrement, avec moins de zapping, moins d’accumulation, et parfois davantage d’attention portée à ce que l’on regarde. Certains redécouvrent le plaisir de revenir plusieurs fois vers une même vidéo, d’autres mélangent images et imagination, d’autres encore apprécient simplement le fait de consommer moins, mais mieux.
Le porno n’est pas en train de disparaître. Il continue d’évoluer, comme il l’a toujours fait, en s’adaptant aux envies et aux attentes de celles et ceux qui le regardent.
MON REGARD DE CRÉATRICE DE CONTENU POUR ADULTES
De mon côté, cette évolution rejoint une réalité très concrète de mon quotidien de créatrice indépendante. Créer du contenu adulte aujourd’hui, ce n’est pas seulement produire des vidéos, c’est aussi protéger son travail, son image et le cadre dans lequel cette création existe, notamment face au vol et à la diffusion non autorisée, qui font malheureusement partie du paysage.
C’est pour cette raison que j’ai mis en place des outils spécifiques, comme SuppressLeak, qui permettent de surveiller régulièrement le web afin de faire supprimer les liens vers mes vidéos piratées. Ce travail est discret, répétitif, parfois presque invisible, mais il est essentiel pour préserver une création libre, respectée et assumée.
Ce n’est pas un rejet du porno, bien au contraire. C’est une manière de défendre une création plus humaine, plus directe, et plus responsable.
UNE ÉVOLUTION NATURELLE DES USAGES
Cette période ne parle pas d’un manque de désir ni d’une perte de plaisir. Elle montre surtout que les habitudes changent, doucement, presque naturellement. Chacun ajuste sa manière de consommer en fonction de ses envies du moment, de ce qu’il a envie de ressentir, et de ce qui lui convient le mieux dans son intimité.
Il y a parfois moins de réflexes automatiques, davantage de choix, et pour certains, une attention un peu plus grande portée à la personne qui se trouve derrière les images.
LES CONSEILS D'ADELINE
Le porno ne disparaît pas quand les habitudes évoluent. Il se transforme, s’adapte, prend d’autres formes, au rythme de celles et ceux qui le regardent.
Le plaisir, lui, reste bien présent. Parfois plus ciblé, parfois plus choisi, parfois simplement vécu avec un peu plus d’attention et de conscience de ce que l’on consomme.
Dans cette évolution, il n’y a rien à juger ni à opposer, juste une autre façon, souvent plus personnelle et plus intime de vivre son désir.


